Débat : « Pourquoi la presse est-elle inaudible quand elle parle d’Europe ? »

En présence de :
  • Yves Harté, rédacteur en chef de Sud Ouest
  • Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles
  • Véronique Auger, rédactrice en chef Europe à France 3 et présentatrice de Avenue de l’Europe sur France 3

Résumé par Lucie Bachelot, 8 novembre 2014 – TNBA, Bordeaux

 Quatremer explique qu’il entend beaucoup dire que « l’Europe c’est chiant parce qu’il n’y a pas d’images ». Mais il récuse cette idée en disant qu’il n’y a jamais d’images : quand il y a un crime, on n’a pas d’image, on a juste un témoignage de quelqu’un qui a vu quelqu’un qui a vu quelqu’un… Le journaliste doit raconter des histoires. Beaucoup de journalistes sont dépassés par la technicité de l’Europe, et du coup, il font des compte-rendu. Pour Quatremer, il est tout à fait possible de raconter un western sur l’Europe. Les journalistes ont une responsabilité. On raconte mal l’Europe. Il regrette que Bruxelles soit devenu un poste comme un autre. Les journalistes tournent. Mais selon lui, c’est un lieu plus complexe que les autres villes comme Washington ou Berlin. Bruxelles est une puissance juridique. Or, il y a très peu de droit européen dans les écoles de journalisme. Les journalistes sont désormais des généralistes, ce ne sont pas des « rubricards européens ». En France, les journaux régionaux, de même que les hebdomadaires, n’ont pas de correspondant permanent à Bruxelles. Ce n’est pas le cas au Royaume-Uni, ou aux Etats-Unis. Si on regarde le nombre de journalistes accrédités à Bruxelles, il y en a très peu pour la France (autant que pour les Pays-Bas, où la population est beaucoup plus faible), à l’inverse, les Allemands et les Britanniques sont très présents. « Pour un parisien, aller à Bruxelles en 1h30 à bord du Thalys, c’est comme aller sur Mars, sans retour ».

 

 

Véronique Auger aborde la question de l’enseignement. Beaucoup de concepts sont mobilisés à la télévision, dans les journaux etc. Cela prend beaucoup de temps de tous les expliquer, et cela alourdi le discours médiatique. Selon elle, il faudrait davantage enseigner l’Europe à l’école. Ce n’est qu’à ce moment-là que la presse sera plus audible.

 

Pour Yves Harté, le lecteur n’est pas une entité abstraite. Il faut que les journalistes aient l’humilité de considérer que des lecteurs sont aussi informés qu’eux, voire plus. Si un journal a des pertes d’audience, c’est peut-être qu’il y a une condescendance par rapport au lecteur, en particulier sur le sujet européen. Pour Sud-Ouest, il remarque que le sujet européen mobilise beaucoup dans la rubrique courrier des lecteurs.

 

Jean Quatremer admet qu’il y a beaucoup de personnes sans charisme à la tête de l’Europe, mais explique qu’ils sont nommés par les chefs d’Etat et de gouvernement… Selon lui, « ça arrange les Etats d’avoir une Europe anonyme ». « Le casting européen rend l’Europe encore plus difficile à vendre ».

 

Certes, il y a une part de culpabilité de la part des journalistes, de la part des structures médiatiques, de la part des politiques (qu’ils soient européens ou nationaux). Mais la culpabilité est aussi celle des Européens eux-mêmes. L’information existe, il faut aller la chercher (regarder Arte si on suit les conseils de Jean Quatremer…).