Débat : « Politique : quand la droite chrétienne descend dans la rue »

En présence de :
  • Lysiane Baudu, journaliste indépendante, ancienne correspondante de La Tribune aux Etats-Unis
  • Samuel Pruvot, journaliste à Famille chrétienne, auteur de François Hollande, Dieu et la République
  • Beda Romano, correspondant au quotidien italien Il Sole 24 Ore à Bruxelles
  • Julien Vallet, journaliste à Fait-religieux.com

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Résumé par Marine Manzinello, 8 novembre 2014 – TNBA, Bordeaux

Pour Beda Romano, l’Europe fait face à changement qui a d’énormes conséquences sociales. Les mœurs et le progrès scientifique changent le rapport à la famille qui évolue d’un point de vue sociétal et scientifique. L’Eglise a toujours considéré la famille comme instrument de conversion.

 

Les changements sont :

– L’insémination artificielle : depuis 1978. Spectaculaire car permet la naissance d’un être de manière différente.

– Le clonage thérapeutique : Dolly en 1997 en Grande-Bretagne. Pose des questions morales : possibilité de créer un être humain dans le futur. Les autres pays sont beaucoup plus prudents.

– L’homosexualité : se vit publiquement.

– L’euthanasie : possible dans certains pays (Belgique). L’Eglise est complètement contre.

– Mariage des prêtres : possible pour les protestants (Allemagne). Discuté publiquement dans de plus en plus de pays.

– Dons et greffes d’organes : Eglise en a toujours peur. Idée que l’on pourrait créer un être à la Frankenstein.

Il existe un contraste de plus en plus profond entre la morale religieuse catholique et les pressions des sociétés. Certains pays sont très avancés sur certains aspects et beaucoup plus réticents sur d’autres (explications culturelles).

 

Julien Valet explique que la Manif pour tous est un mouvement qui a surpris par son ampleur. Les réseaux catholiques très bien implantés avec 38.000 paroisses et les associations de parents d’élèves dans les établissements privés catholiques (2 millions d’enfants). Les méthodes de communication modernes rendent ce mouvement plus efficace et a permis de pénétrer une France conservatrice qui traditionnellement ne se mobilise pas. Un aspect un peu régionaliste est également apparu. Frigide Barjot est issue du monde de la communication ; des slogans de la gauche sont transformés (« touche pas à mon pote » devient « touche pas à ma filiation »). Il y a un véritable marketing politique qui crée une communauté, un sentiment d’appartenance. A un budget de 4.3 millions d’euros par an. Cette mobilisation est présentée comme une cause civilisationnelle ; beaucoup sont donc prêts à donner de leur temps et de l’argent. Elle fonctionne uniquement avec des bénévoles et est entièrement autofinancée. La mobilisation s’essouffle mais les éléments les plus politisés vont à terme intégrer les partis (sur les listes municipales) : UMP, UDI.

 

Samuel Pruvot analyse ce mouvement comme un affrontement politique droite/gauche. Des analogies peuvent se faire avec les partis de droite mais il y a quelque chose de plus ; on sort du champ politique classique.

 

Pour les catholiques c’est un peu le Mur de Berlin. Depuis 60-70’s : il y a un catholicisme d’enfouissement en France avec l’idée que pour rejoindre leurs contemporains il fallait faire profil bas et leur exemple finirait par les convaincre. Avec la Manif beaucoup sortent dans la rue.

 

Il faut souligner que ni le FN ni l’UMP n’ont récolté de dividendes concrets.

 

Il y a une fracture générationnelle au sein du catholicisme. La Génération du Concile est très peu présente dans la rue contrairement à celle de Benoît XVI pour laquelle il faudrait moins édulcorer la foi.

 

Le côté incongru du mouvement est qu’il fait appel à des choses méta-politiques (au-delà des demandes classiques). Il n’y a pas de slogans catholiques au sens strict et la situation est différente de 1984 (défense des écoles libres) car il n’y a pas que les catholiques qui parlent sur le mariage.

 

Lysiane Baudu nous parle de la situation aux Etats-Unis où la droite chrétienne ne manifeste pas mais vote. 72% des chrétiens se disent en faveur du parti républicain. La droite chrétienne existe depuis la fondation du pays. La religion est séparée de l’Etat mais très présente dans la vie de tous les jours, banalisée (on peut prier avant un conseil municipal, dans certaines entreprises…). Les Américains sont pratiquants : environ 40% déclarent aller à l’église une fois par semaine. La droite chrétienne a un boulevard. Comme l’Etat est moins fort, la religion rend des services : compagnies d’assurance, soupes populaires… Elle utilise la radio et la télévision pour marteler un message pro droite chrétienne. C’est un relais pour l’appel au don. Elle est donc riche, militante et va au-delà de ses frontières.

 

Enfin, Beda Romano explique qu’il est difficile à dire si le nouveau Pape va changer la donne.